Réunis à Lomé, à l’initiative de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF), une cinquantaine d’acteurs économiques ont pris part à une formation consacrée aux règles et aux mécanismes du commerce intra-africain. L’objectif est de lever les obstacles à l’exportation et de permettre aux très petites, petites et moyennes entreprises (TPME), notamment celles dirigées par des femmes et des jeunes, de tirer pleinement profit des opportunités offertes par la ZLECAf.
Les opportunités commerciales qu’offre la ZLECAf restent peu exploitées par de nombreuses entreprises togolaises. Le manque d’information, la persistance de certaines barrières non tarifaires et les difficultés à maîtriser les exigences techniques, notamment les règles d’origine, continuent de freiner l’accès des TPME au marché continental. C’est pour répondre à ces contraintes que la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF), qui est une agence spécialisée de l’Union africaine en matière de développement des capacités, a organisé, vendredi 9 octobre 2026, à l’hôtel Lébéné à Lomé, un atelier d’information et d’appropriation consacré au thème « tirer profit de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) – Maîtriser le Protocole sur le commerce des marchandises pour développer les exportations des TPME locales ».
La rencontre a rassemblé une cinquantaine de participants venus partager leurs expériences, exprimer les difficultés auxquelles ils sont confrontés et identifier des solutions concrètes pour mieux positionner leurs entreprises sur le marché africain.
Des obstacles à lever pour exporter
Malgré les perspectives offertes par la ZLECAf, l’accès aux marchés africains exige des entreprises une bonne maîtrise des procédures. Pour les TPME, particulièrement celles portées par des femmes et des jeunes, le manque d’information constitue un frein majeur. À cela s’ajoutent les difficultés de compréhension des règles d’origine, les exigences de certification et la persistance de barrières non tarifaires.
Les tracasseries rencontrées sur les corridors commerciaux, notamment les faits présumés de racket impliquant certains agents de sécurité, ainsi que le harcèlement et les discriminations, figurent également parmi les difficultés signalées par les entrepreneurs rencontrés dans le cadre des activités de sensibilisation.
Pour Edem Messa-Gavo, responsable principal de la mesure d’impact à l’ACBF, « la création d’un marché continental ne signifie pas automatiquement que nos entreprises seront en mesure d’y accéder et d’en tirer profit. Elles doivent non seulement connaître les obligations, comprendre les exigences de conformité, maîtriser les règles d’origine et les procédures douanières, mais également savoir identifier les marchés et les opportunités qui existent au-delà de leurs frontières ».
Dans le cadre du Programme de renforcement des capacités pour la transformation structurelle en Afrique (CADAST), financé par la Banque africaine de développement (BAD), l’ACBF accompagne les gouvernements, les PME, les organisations de la société civile et les institutions de recherche. Cet appui vise à renforcer leurs capacités à contribuer à la mise en œuvre effective de la ZLECAf, a précisé Edem Messa-Gavo.
« L’ACBF travaille également avec les acteurs nationaux sur le renforcement des capacités institutionnelles en matière de suivi et de reporting de la mise en œuvre de la ZLECAf dont l’efficacité doit être appréciée au-delà de l’adoption des politiques. Il faut surtout disposer des institutions, des systèmes et des compétences nécessaires permettant de mesurer les progrès, d’identifier les insuffisances et d’améliorer continuellement sa mise en œuvre », a rappelé M. Messa-Gavo.

Démultiplier l’ impact de la formation d’Arusha

En 2025, l’ACBF, en partenariat avec le centre ESAMI-TRAPCA, a accompagné plus de 100 femmes et jeunes issus de dix pays africains à travers un programme de formation en ligne. À l’issue d’un processus de sélection, 20 participants ont ensuite bénéficié d’une formation intensive en présentiel à Arusha, en Tanzanie, parmi lesquels figuraient deux représentants togolais.
À l’issue de cette formation, les deux bénéficiaires togolais du projet, Hadarou Ouro-Akonon et Éric Hounou Mawuko, désignés comme champions nationaux, mettent en œuvre un plan d’action articulé autour de webinaires, de campagnes de sensibilisation à l’Université de Lomé et de rencontres avec les entreprises.
Les activités menées à Lomé, à Sokodé et à Tchamba ont notamment permis d’échanger avec des chefs d’entreprise, des coopératives et des groupements de femmes sur les difficultés rencontrées dans leurs activités commerciales et leurs projets d’exportation.
L’approche consiste ainsi à faire des deux champions nationaux des relais de sensibilisation auprès d’ autres jeunes et femmes entrepreneurs, afin de diffuser les connaissances acquises et de faciliter leur appropriation par les acteurs économiques locaux.

Le Togo engagé très tôt dans ce processus d’ intégration économique continentale
Le gouvernement togolais entend poursuivre l’amélioration de l’environnement des affaires et faciliter les échanges commerciaux. À l’ouverture des travaux, Dr Talime Abé, directeur général du commerce, représentant le ministère délégué chargé du Commerce et du Contrôle de la qualité, a rappelé les mesures engagées par le pays. Il s’ agit d’ abord de l’élaboration d’une stratégie nationale de mise en œuvre de la ZLECAf pour la période 2019-2024 et son processus d’actualisation lancé en 2025 avec l’appui de la Commission économique pour l’Afrique et du Programme des Nations unies pour le développement.
Le représentant du ministère a ensuite mis en avant le Guichet unique pour le commerce extérieur et le Portail commercial du Togo, présentés comme des instruments de simplification des procédures et d’amélioration de l’accès à l’information commerciale.
Pour les autorités, l’objectif est de consolider le positionnement du Togo comme plateforme commerciale et logistique régionale, tout en renforçant la participation des entreprises nationales aux échanges africains.
Il a également souligné que, pour faciliter la libre circulation des personnes, renforcer les échanges économiques et favoriser les rencontres d’affaires, les investissements et les partenariats entre les acteurs économiques africains, « depuis le 18 mai 2026, le Togo a supprimé l’obligation de visa d’entrée pour les ressortissants de l’ensemble des pays africains munis d’un passeport national valide ».
Toutefois, l’accès aux marchés ne dépend pas uniquement des réformes publiques. À travers cet atelier, l’ACBF et ses partenaires entendent donc rapprocher les instruments de la ZLECAf des réalités des TPME togolaises. Le défi consiste désormais à transformer les connaissances acquises en compétences opérationnelles, puis à les traduire en contrats commerciaux, en nouveaux débouchés et en emplois.
Hélène M.
