Les troisièmes Universités de l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET) ont placé « les champions nationaux » au centre des débats.
L’événement a réuni, le 22 octobre, à l’hôtel 2 Février de Lomé, des directeurs de grandes entreprises, des représentants des institutions publiques, de l’ensemble du secteur privé, des organisations professionnelles, des partenaires techniques et financiers de l’État, des collectivités territoriales, du monde universitaire, des experts et étudiants.
Selon les organisateurs, les troisièmes Universités de l’AGET traduit une conviction et un engagement partagés : « le Togo ne peut plus se contenter d’être une terre d’accueil pour l’investissement ; il doit devenir une terre d’enfantement de grandes entreprises ».
Autour du thème central de cette édition, « Le temps de l’audace : bâtir des champions nationaux, un choix stratégique pour le Togo », les échanges ont également porté sur l’innovation fiscale, l’énergie, les marchés de capitaux et les financements alternatifs, ainsi que sur le rôle des communes dans l’industrialisation nationale.
Les participants ont débattu des conditions nécessaires à l’émergence d’entreprises togolaises capables de devenir de véritables champions nationaux.
« Notre ambition est de faire émerger des entreprises togolaises capables de grandir, d’innover, d’investir et de conquérir les marchés africains. Pour y parvenir, nous devons agir sur les principaux freins à leur croissance », a déclaré Charles Gafan, président-directeur général d’Africa Global Logistics (AGL), président de l’AGET, avant de souligner que « notre environnement économique évolue rapidement, les marchés s’ouvrent, la concurrence s’intensifie et l’intégration africaine avec la ZLECAf s’accélère ».
Pour ce faire, a-t-il précisé, « l’État doit créer les conditions favorables, les entreprises doivent investir et innover. Les investisseurs doivent accompagner la croissance et les collectivités doivent pleinement jouer leur rôle ». M. Gafan poursuit : « Á l’AGET, nous ne demandons pas de privilège ». Mais « Nous voulons créer les conditions permettant aux entreprises qui ont l’ambition et le potentiel de grandir et de rayonner au-delà de nos frontières », saluant également l’engagement du président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, qui a institué le Conseil de Concertation État-Secteur Privé (CCESP).
Akou Mawussé Adetou Afidenyigba, directrice de cabinet du ministère des Finances et du Budget a ouvert les travaux au nom du ministre Essowè Georges Barcola. « Doubler le niveau de vie des Togolais à l’horizon 2040, objectif cardinal de la Feuille de route 2026-2031, ne se décrètera pas. Il se réalisera ensemble avec le secteur privé ! » a-t-elle affirmé. Elle a ajouté que le doublement de la richesse produite et partagée au Togo exigeait le passage d’une économie de résilience à une économie d’accélération, portée, selon elle, par le secteur privé national.

Au cours des travaux

Le directeur général des études et analyses économiques, Tchamdja Ahodo, a présenté l’analyse macroéconomique et sectorielle. Le Togo enregistre une croissance de 6,3 %. Au premier semestre 2026, la production industrielle a progressé de 10,2 % et les exportations de 18,2 %. Le trafic aéroportuaire a également augmenté de 6,5 %, tandis que l’inflation s’est établie à 0,6 % et le déficit budgétaire à 3 % du PIB. Toutefois, « le conflit au Moyen-Orient, l’insécurité au Sahel et les effets du changement climatique restent les principaux risques à surveiller. »
Ensuite, Jonas Daou, président du Groupe ZENER SA a présenté une communication introductive portant sur le thème « une innovation fiscale pour accélérer l’émergence ».
Il a défendu une fiscalité capable de protéger les recettes publiques, de rétablir la confiance et d’orienter l’investissement vers les secteurs stratégiques. Son plaidoyer associe simplification, numérisation, recours effectifs, lutte contre la corruption et contreparties renforcées pour les entreprises.
L’ ancien président de l’ AGET a articulé sa réflexion autour des trois axes de la Feuille de route gouvernementale 2026-2031 : protéger, rassembler et transformer. Appliqués à la politique fiscale, ces verbes prennent, selon lui, une signification très concrète : protéger les ressources publiques sans compromettre la continuité des entreprises ; rassembler autour d’une règle simple, stable et équitable ; transformer l’économie en orientant l’investissement vers les secteurs susceptibles de faire émerger des champions nationaux.

Un premier panel a été consacré au thème « Souveraineté énergétique : pourquoi le coût du KWh dicte l’avenir industriel du Togo ». La compétitivité des entreprises togolaises dépend du coût du kilowattheure. Il faut passer d’une consommation subie à une stratégie maîtrisée, fondée sur l’efficacité, et la sécurisation de l’approvisionnement. L’accent a été mis sur une énergie disponible et de qualité, l’amélioration des réseaux de distribution et de transport ainsi que du mix énergétique.
Le second panel a porté sur le thème « Marchés de capitaux et financements alternatifs : sortir du 100% bancaire ». Le panel a exploré d’autres sources de financement, comme la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières les fonds d’investissement, le capital-investissement, et les obligations vertes. Les panélistes ont analysé les facteurs qui maintiennent les entreprises à fort potentiel dans une dépendance au crédit bancaire à court terme. Ils ont également examiné les leviers susceptibles de faciliter leur accès à des sources de financement diversifiées, adaptées aux différentes étapes de leur croissance.

De gauche à droite : Michael Tapsoba, directeur pays de l’AFD/Proparco ; Bertrand Bodet, directeur pays de la BRVM ; Guy-Martial Awona, directeur général d’Orabank Togo et modérateur du panel ; et Marcel Niankou, représentant résident de la SFI.
S’agissant du rôle des collectivités territoriales , les échanges ont souligné que l’industrialisation du Togo ne pouvait se décréter depuis la capitale, Lomé. Les communes, par leur maîtrise du foncier, leur connaissance des réalités locales et leur proximité avec les populations, sont appelées à devenir de véritables pôles de croissance.

De gauche à droite : Kossi Kalipe, maire de Vo 1 ; Alexis Coffi Aquéréburu, maire des Lacs 1 ; Constant Djeket, directeur général de NSIA-Togo et modérateur du panel ; Balouki Gbloékpo, représentant du ministère délégué chargé de la Promotion des investissements et de la Souveraineté économique ; et Koami Gomado, ministre chargé du Développement local.
Ambition, audace, volonté politique pour faire naître des champions nationaux

Dans son allocution de clôture, le président d’honneur de l’AGET, le Dr José Kwassi Symenouth, a souligné que les échanges de la journée avaient mis en lumière une évidence : « Un champion national ne naît pas du hasard. Il est le fruit d’un environnement qui le rend possible, d’une ambition qui le porte et d’une volonté politique qui l’accompagne. »
Il s’est, entre autres, adressé aux chefs d’entreprise : « Le thème de cette édition s’adresse d’abord à nous. Le temps de l’audace, c’est celui où l’on accepte d’ouvrir son capital, de nouer des alliances, de professionnaliser sa gouvernance et de regarder au-delà de nos frontières. La ZLECAf ne fera pas de cadeau aux entreprises timides ; elle récompensera celles qui auront osé se préparer. ».
Aussi, a-t-il conclu, « L’audace n’est pas l’imprudence. Elle est le courage lucide de ceux qui refusent que la taille de notre marché intérieur borne leurs ambitions. »
