Lomé a accueilli une formation stratégique organisée par la Fondation Africaine pour le Renforcement des Capacités (ACBF) en collaboration avec le Forum des Administrations Fiscales de l’Afrique de l’Ouest (FAFOA). La rencontre, qui s’est tenue du 9 au 13 janvier 2026, a réuni des cadres des administrations fiscales et douanières de huit pays africains autour d’un enjeu majeur : intégrer la dimension climatique dans les politiques fiscales.
Les participants venus du Togo, de la République Centrafricaine, de la République Démocratique du Congo (RDC), du Malawi, de la Mauritanie, de la Gambie, du Rwanda et de l’Ouganda ont été formés aux mécanismes fiscaux liés aux enjeux climatiques, dans une double perspective de mobilisation des recettes publiques et de préservation environnementale.
« Cet atelier, explique Peguewinde Rodolphe Bance, chargé de la gouvernance économique et sociale à l’ACBF, doit répondre à un besoin urgent des États africains qui, aujourd’hui, sont frappés par les effets du changement climatique. Ces pays perdent entre 5 et 15 % de leur PIB selon les estimations, en fonction de leur situation ».
Avant cette rencontre, un diagnostic réalisé par l’ACBF a mis en lumière plusieurs obstacles importants : faiblesse des compétences techniques pour élaborer des outils fiscaux environnementaux, complexités de gestion et de mise en conformité, lacunes dans les systèmes d’analyse de données, et nécessité d’améliorer la synergie entre les politiques fiscales, environnementales et budgétaires.
Face à ces défis, il fallait trouver des outils politiques efficaces. « La politique fiscale peut être un outil efficace pour réguler les comportements, mais aussi pour mobiliser des ressources qui financeront les interventions visant à faire face aux questions climatiques et à aider les pays à s’adapter », a souligné M. Bance.

Une formation progressive en quatre modules
La formation s’est articulée autour de plusieurs modules progressifs permettant aux participants d’acquérir des compétences concrètes. « La première étape a consisté à initier les participants au concept du changement climatique et à la manière dont il peut être intégré dans les systèmes fiscaux », a expliqué le formateur, Edwin Muchapondwa, professeur d’économie à l’University of Cape Town et consultant pour l’ACBF. L’analyse a montré que le changement climatique constitue un risque fiscal et nécessite une attention particulière. En même temps, les systèmes fiscaux peuvent contribuer à la réduction des effets du changement climatique.
Le deuxième module a porté sur la manière de concevoir des instruments fiscaux intégrant des objectifs environnementaux ou climatiques. Les participants ont appris à développer des outils adaptés à leurs contextes nationaux respectifs. Le troisième jour a été consacré aux considérations liées à la mise en œuvre pratique. « Nous devons disposer d’une préparation institutionnelle adéquate. Le cadre juridique doit être favorable et les parties prenantes pleinement impliquées. Il est indispensable de définir dès le départ des mécanismes de conformité et d’application », a précisé le formateur.
Un quatrième module a porté sur l’importance du suivi et de l’évaluation. « Le suivi et l’évaluation sont essentiels pour garantir l’atteinte des objectifs fixés », a souligné Edwin Muchapondwa. Lors de la dernière journée, les participants ont appliqué leurs connaissances de manière concrète aux opportunités de réforme qu’ils pouvaient identifier dans leurs pays respectifs. Ils ont conçu des instruments fiscaux susceptibles d’être mis en œuvre et ont identifié les exigences institutionnelles nécessaires pour garantir le succès de leur application.
Des plans d’action nationaux pour passer à l’acte
Durant ces cinq jours, les pays participants ont partagé leurs expériences à divers niveaux, certains étant plus avancés que d’autres dans la mise en œuvre de politiques fiscales sensibles au climat. Ce partage s’est révélé particulièrement enrichissant, permettant aux pays moins avancés de s’inspirer des bonnes pratiques de leurs pairs et d’éviter certains écueils.
L’élément le plus important de cette formation réside dans sa dimension opérationnelle. À l’issue des échanges, les pays ont pu identifier leurs faiblesses et leurs difficultés. Sur cette base, ils ont développé des plans d’action nationaux qui vont informer les réformes fiscales intégrant la dimension climatique.
« Ils repartent déjà avec ces plans d’action, et nous allons encourager et soutenir leur mise en œuvre. L’objectif est de s’assurer que l’activité ne se termine pas ici à Lomé, mais se poursuive en actes concrets de réalisation des politiques sur le terrain », a assuré Peguewinde Rodolphe Bance.
La formation de Lomé s’inscrit dans le cadre du projet CADAST, soutenu par la Banque africaine de développement et piloté par l’ACBF. Ce projet complète le programme BETA, dont la mission est de renforcer les administrations fiscales pour qu’elles s’adaptent aux évolutions des systèmes de taxation contemporains.
