Par Koffi Sodokin, Professeur, Maître de Conférences à l’Université de Lomé.
Le Projet de Loi de Finances (PLF) 2026 de la République togolaise, adopté par les députés et les sénateurs sur proposition du Gouvernement dans un contexte international marqué par des incertitudes persistantes, traduit un volontarisme budgétaire affirmé. Avec un budget de 2 751,5 milliards de FCFA, des recettes fiscales projetées à 1 338,9 milliards et une pression fiscale atteignant 18,5 %, ce projet illustre la poursuite des efforts de mobilisation des ressources intérieures engagés depuis une décennie. L’analyse des allocations sectorielles révèle une priorité donnée aux secteurs sociaux (éducation, santé, eau), qui représentent 45 % des crédits alloués aux douze premiers ministères. L’éducation nationale domine avec 212,2 milliards, suivie des travaux publics (149,4 milliards), de la défense (119,5 milliards) et de la santé (118,4 milliards). Cette configuration budgétaire traduit une stratégie de développement fondée sur l’accumulation du capital humain et physique. C’est dans cette perspective que Schultz (1961) et Becker (1964) ont démontré que l’éducation et la santé constituent des investissements productifs, accroissant la capacité des individus à générer des revenus.
Introduction
Le 2 décembre 2025, dans son discours sur l’état de la Nation devant le Congrès, Son Excellence Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil du Togo, a défini les trois axes majeurs qui structureront l’action gouvernementale dans le cadre de la Ve République : « protéger, rassembler, transformer » (Présidence du Conseil, 2025). Ces propos sont réaffirmés par le Président du Conseil dans son adresse à la Nation Togolaise le 30 décembre 2025. Cette trilogie stratégique trouve sa traduction budgétaire dans le PLF 2026 (Graphique 0). Sur les 973 milliards de FCFA alloués aux douze premiers ministères, 427 milliards (44 %) visent à rassembler les territoires par les infrastructures et le développement économique (travaux publics (149,4 milliards), énergie et mines, agriculture, transformation numérique, administration territoriale, transports, environnement) ; 376 milliards (39 %) sont consacrés à transformer le Togo par l’investissement dans le capital humain (éducation nationale (212,2 milliards), santé, enseignement supérieur) ; et 170 milliards (17 %) servent à protéger les citoyens et assurer la souveraineté nationale (défense, finances et budget). Cette architecture budgétaire rejoint la conception musgravienne des fonctions de l’État, articulant allocation, redistribution et stabilisation (Musgrave, 1959). Elle s’inscrit également dans l’approche des capabilités, où le développement vise l’expansion des libertés réelles des individus plutôt que la seule croissance du revenu (Sen, 1999).
