Le gouvernement togolais prépare un nouveau cadre de référence des actions de développement au Togo pour la période 2026-2031.
« Cette feuille de route s’inscrit dans la continuité de nos efforts. Nous avons engagé des réformes. Nous avons obtenu des résultats. Nous avons posé des bases. Nous devons maintenant aller beaucoup plus loin avec plus de discipline, plus de clarté mais plus d’impact », a déclaré le Président du Conseil, Faure Gnassingbé, dans son discours du 27 avril 2026, prononcé à l’occasion de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance.
Les principes qui guideront l’action du gouvernement dans les années à venir, a-t-il rappelé et détaillé : « Protéger, Rassembler, Transformer ».
« L’avenir du Togo se construira avec tous les Togolais », a-t-il ajouté, soulignant qu’ « une stratégie, aussi bonne soit-elle, ne réussit pas seule. Elle ne réussit que si elle est portée, partagée et appropriée ».
« Dans les prochaines semaines, précise-t-il, une phase d’échanges sera engagée avec les institutions, le secteur privé, la société civile et nos partenaires, pour enrichir la réflexion du gouvernement autour de l’élaboration de cette feuille de route. Pour la partager. Pour la parfaire. Pour la faire vivre. Car cette stratégie ne peut réussir que si elle vous appartient à tous. »
Sans prétendre à l’ exhaustivité, et en attendant la prochaine feuille de route, ce qui suit présente quelques repères de ces dernières années.
De la crise de 2005 aux ambitions de développement accéléré
En accédant au pouvoir en 2005, Faure Gnassingbé a pris les commandes d’un pays dont les indicateurs étaient au rouge. Le taux de croissance économique atteignait à peine 1,2 %, tandis que l’inflation s’élevait à 6 %. La dette intérieure et extérieure était jugée insoutenable. Les tensions de trésorerie étaient permanentes et les arriérés de salaires et de pensions s’accumulaient. Les services publics étaient désorganisés. Le pays traversait une crise politique et économique profonde.
Dès 2005, Faure Gnassingbé engage un processus de réconciliation nationale. En 2006, le gouvernement poursuit les efforts de redressement en mobilisant des mesures pour réduire une dette publique jugée insoutenable. En 2007, l’accent est mis sur l’accroissement des ressources budgétaires de l’État et la relance du développement.
En 2008, la situation économique s’améliore. Le solde budgétaire passe d’un déficit de 12,2 milliards de FCFA en 2007 à un excédent de 17,6 milliards en 2008. Les dépenses d’investissement progressent également, passant de 18,1 % en 2007 à 49,9 % en 2008. Cette même année, le gouvernement accorde une place importante à l’amélioration des conditions de vie des populations.
En 2009, le concept de développement à la base est promu, avec pour objectif l’amélioration des conditions de vie des communautés locales.
En 2010, Faure Gnassingbé demande à ses ministres que les actions engagées se traduisent non seulement par des retombées directes sur le vécu des populations, mais aussi qu’elles s’inscrivent dans un processus de réformes visant à promouvoir une croissance soutenue et un développement économique et humain durable. En 2011, les productions agricoles connaissent une hausse.
L’année 2012 est consacrée à l’élaboration et à la validation de la Stratégie de croissance accélérée pour la promotion de l’emploi (SCAPE 2013-2017), destinée à consolider les bases d’une croissance inclusive et génératrice d’emplois.
Les réformes structurelles sont poursuivies, accompagnées d’investissements publics soutenus, soit une hausse de 50 % de la part des investissements publics dans le PIB entre 2013 et 2016.
De nouvelles infrastructures sont réalisées, notamment dans le secteur des transports. La capacité de manutention du port de Lomé est triplée depuis 2013. Une nouvelle aérogare est construite pour l’aéroport international de Lomé. Plusieurs routes sont également aménagées et construites.


Parmi les grandes réalisations figurent la rénovation de l’Hôtel 2 Février, la construction du Centre panafricain Ecobank en 2011, la construction d’un troisième quai et d’une darse au Port autonome de Lomé en 2014, ainsi que la mise en service d’un nouveau terminal aérien en 2016. Le réseau routier passe de 1 335 km en 2014 à 2 194 km en 2017. Le Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire est également mis en œuvre.
Sur le plan macroéconomique, les agrégats s’améliorent progressivement. La croissance économique affiche des signes d’accélération, passant de 3,9 % entre 2007 et 2013 à 5,6 % entre 2013 et 2015. Sur cette dernière période, la croissance du PIB réel par habitant aurait triplé par rapport aux six années précédentes.
Des avancées sociales sont également enregistrées, notamment en matière de santé et d’éducation, avec une hausse de plus de cinq ans de l’espérance de vie et une progression de dix points du taux d’alphabétisation entre 2009 et 2015.

Le climat des affaires s’améliore également de manière significative, avec un gain de 12 places dans le classement Doing Business sur les cinq dernières années qui ont précédé 2018.
Le Plan national de développement (PND), couvrant la période 2018-2022, prend le relais de la SCAPE, arrivée à terme en 2017, dans un contexte de décélération de l’activité économique liée aux tensions sociopolitiques.
Ce plan visait un changement de paradigme et s’articulait autour de trois axes : la mise en place d’un hub logistique d’excellence et centre d’affaires ; la création de pôles de transformation agricole, manufacturiers et d’industries extractives ; et le développement social accompagné de mécanismes d’inclusion.
L’année 2020 est marquée par la pandémie de Covid-19, une crise sanitaire majeure ayant entraîné une situation économique et sociale difficile. Le gouvernement togolais tente alors de conjuguer les mesures de prévention et de riposte tout en garantissant l’accès des populations aux services sociaux de base. Dans ce cadre, il met en place dès les premières semaines le programme Novissi, un dispositif d’assistance destiné aux couches vulnérables affectées par les mesures de lutte contre la pandémie.
L’après-Covid
Le Plan national de développement (PND) cède ensuite la place à la feuille de route gouvernementale 2020-2025 pour deux principales raisons : d’une part, la nécessité de prendre en compte la pandémie de Covid-19, un choc sans précédent à l’échelle mondiale ayant perturbé la mise en œuvre du PND et susceptible d’avoir des répercussions durables sur l’Afrique et le Togo ; d’autre part, la volonté de Faure Gnassingbé, entamant un nouveau mandat présidentiel, de « donner une impulsion nouvelle à l’économie et à la société sous la forme d’un plan stratégique concret ».
Lancée fin juin 2020, la feuille de route gouvernementale 2020-2025 vise à ajuster la vision nationale intégrée, en tenant compte du contexte marqué par la Covid-19 et des nouvelles orientations présidentielles. Elle ambitionne également de mettre à jour le portefeuille de projets et de réformes définis dans le PND, en fonction de leur état d’avancement, et de décliner cette nouvelle vision en feuilles de route ministérielles pour en faciliter la mise en œuvre.
Le document est structuré autour de trois axes stratégiques : renforcer l’inclusion et l’harmonie sociales tout en consolidant la paix ; dynamiser la création d’emplois en s’appuyant sur les forces de l’économie ; moderniser le pays et renforcer ses structures. Ces axes sont déclinés en 42 projets et réformes prioritaires, ainsi qu’en 10 ambitions.
Les 7 et 8 avril 2026, les travaux du premier séminaire gouvernemental de l’année ont notamment été consacrés à l’évaluation de cette feuille de route.
« Mis en œuvre dans un contexte marqué par les bouleversements économiques et sociaux liés à la pandémie de Covid-19, au déclenchement de la guerre en Ukraine, ainsi qu’à la montée des menaces sécuritaires dans la sous-région ouest-africaine, ce programme a enregistré un taux global d’exécution de 68,79 %, témoignant de la résilience du pays face à des chocs d’une ampleur exceptionnelle », indique le communiqué publié à l’issue des travaux.
Le document souligne également « des avancées significatives dans plusieurs secteurs clés, notamment l’agriculture, l’énergie, les technologies, la santé, l’éducation et la modernisation de l’administration publique, ainsi qu’en matière d’amélioration du climat des affaires et d’attraction des investissements ».


Une menace sécuritaire persistante, au cœur des priorités
Sur le plan sécuritaire, des groupes terroristes utilisent le territoire burkinabè comme base arrière pour mener des attaques sporadiques dans l’extrême nord du Togo, mais aussi en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Ghana. Ces pays, situés au sud du Burkina Faso, sont devenus des cibles privilégiées pour les groupes djihadistes, qui affichent depuis plusieurs années leur volonté d’étendre leurs activités du Sahel vers les pays du golfe de Guinée.
Face à cette menace, la riposte du Togo s’articule autour de trois axes. Le premier repose sur le renforcement du dispositif de défense et de sécurité. Le deuxième concerne la prévention de la radicalisation à travers le Comité interministériel de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent (CIPLEV), chargé de sensibiliser les populations et de déradicaliser les individus déjà engagés dans des mouvements extrémistes. Enfin, un plan d’urgence a été mis en place pour soutenir les populations affectées par les attaques.
Entre scepticisme et urgence de résultats
Dans un pays longtemps marqué par des clichés politiques tenaces, les actions engagées par le pouvoir continuent de susciter des critiques. Des détracteurs et certains activistes jugent ces transformations inexistantes ou trop lentes, et dénoncent une forme de tolérance des autorités face à la corruption, ainsi que l’abandon de certains chantiers et projets.
Dans ce contexte, les besoins et les attentes de nombreux autres Togolais demeurent pressants, notamment en matière d’amélioration de leurs conditions de vie, et au-delà, en matière de modernisation et de développement des infrastructures dans le pays.
Pour autant, depuis 2007, Faure Gnassingbé continue d’engager le pays sur la voie de la transformation.
Joseph Mensah-Boboe
